Le 8 mars, journée internationale de la femme sera également dédiée cette année à la journée mondiale du rein.

À cette occasion, l’équipe de Medactu  propose de mettre en avant des thèmes spécifiques à la santé de la femme et des maladies rénales en entretenant une interview avec Pr. SQALLI HOUSSAINI Tarik – Chef du service de néphrologie – CHU Hassan II de Fès.

L’insuffisance rénale atteint-elle plus l’homme que la femme ?

Il est primordial de rappeler que l’insuffisance rénale est de deux types : chronique ou aiguë. « Les femmes sont légèrement plus atteintes que les hommes de maladie rénale chronique, tous stades confondus, mais leur maladie évolue généralement plus lentement que chez les hommes. Concernant l’insuffisance rénale aiguë, aussi bien les hommes que les femmes sont touchés, mais les causes peuvent être différentes. On sait que certaines maladies sont spécifiques à la femme comme les maladies immunologiques (lupus) par exemple ou celles liées à la grossesse». D’ailleurs, la prise de pression artérielle et la réalisation d’une bandelette urinaire de dépistage doivent être systématiques au cours du suivi de la grossesse.

Est-ce que l’insuffisance rénale perturbe la fertilité de la femme ?

« Le lien est fortement établi entre la maladie rénale et la fertilité. C’est  d’ailleurs un motif de consultation de ces femmes qui sont désireuses de grossesse. D’autre part, le pronostic d’évolution de la grossesse lorsqu’elle survient est mis en jeu. Prenons d’abord le premier volet : La fertilité est d’autant plus réduite que l’insuffisance rénale est à un stade plus avancé et notamment dans le cadre d’un traitement de suppléance de la fonction rénale par la dialyse. La solution idéale à la phase terminale de la maladie rénale est la transplantation rénale. Celle-ci améliore entre autres la fertilité. Les femmes atteintes de maladies rénales au stade terminal sont donc très demandeuses de transplantation rénale rapide pour répondre à leur désir de grossesse. Il s’agit là d’une course contre la montre.

Concernant le second volet, chez la patiente atteinte de maladie rénale chronique, on voit plus de prématurités, de morts fœtales in utéro, d’avortements…»

Quelles sont les conditions idéales pour les femmes dialysées ou transplantées afin de mener une grossesse à terme?

« La grossesse doit être programmée au-delà d’un an après la transplantation. Il y a des précautions, notamment en terme de médicaments prescrits vu le risque tératogène de ces derniers. Il faut donc adapter nos ordonnances en fonction de l’état de la patiente. Concernant l’hémodialyse, un rythme quotidien s’impose vu que le fœtus ne supporte pas l’urémie élevée. Les recommandations nationales de prise en charge en insuffisance rénale chronique terminale et en dialyse donnent le droit au remboursement des séances supplémentaires des dialysées enceintes existe lorsqu’elles ont une couverture médicale ».

Pour les femmes qui on fait don d’un rein, mener une grossesse sans risque est-il possible ?

« La première chose à constater est que les femmes sont plus donneuses que receveuses d’organes. Classiquement, on dit que le risque lié au don de rein est très minime et que la possibilité de mener une vie normale y est, à condition de suivre quelques précautions concernant l’hygiène de vie. Des données récentes ont montré qu’il y avait un sur-risque, certes pas majeur, mais présent quand même pour les femmes jeunes qui sont amenées à avoir plusieurs grossesses après avoir donné un rein. Cela a donc modifié notre vision pour envisager une éventuelle transplantation rénale à partir de donneur vivant intrafamilial. À présent, lorsqu’il s’agit d’une jeune (18-25 ans), désireuse en même temps de grossesse et de don d’un rein, on préfère chercher un autre donneur possible»

La journée mondiale du rein a, depuis toujours, son grand impact dans la sensibilisation et l’information à propos des avancées que ce soit sur le niveau causal des maladies, leur diagnostic ou leur traitement. À quand des avancées notables de la recherche au sein de nos hôpitaux? telle est la question…