Professeur, c’est avec un grand honneur que nous dressons votre portrait aujourd’hui en espérant que votre parcours inspirera les jeunes chercheurs et étudiants marocains.

  • Pour commencer, pouvez-vous nous parler un peu de votre parcours ?

Alors j’ai débuté mon cursus universitaire au Maroc à la faculté des sciences de Rabat où j’ai eu ma licence en 1988, ensuite je suis parti à Marseille pour faire mon doctorat en Neurosciences. Après avoir obtenu mon doctorat, j’ai effectué un stage en Suède au décours duquel je fus recruté en tant que Professeur assistant. Et de là, je suis resté en Suède et j’ai poursuivi mon chemin jusqu’à devenir Professeur agrégé puis directeur d’un laboratoire de recherche en Neurobiologie.

  • Professeur, pourquoi ce choix de partir à l’étranger ? Quelle a été votre motivation ?

En fait la réponse est simple, ma motivation a été mon envie d’avoir la meilleure formation possible et de continuer mes études en faisant de la recherche. Aussi, à cette époque là, cette possibilité n’était pas au Maroc.

Les personnes qui m’inspirent sont celles qui ne se découragent pas face aux difficultés.

  • Et pourquoi cette vocation pour la recherche et pour les Neurosciences en particulier ?

A vrai dire, c’est peut-être un accident de parcours. J’ai choisi les Neurosciences car c’était ma seule option pour faire de la recherche. Et pourquoi la recherche ? Car je ne voulais pas m’arrêter à la licence, je tenais à continuer mes études et une fois que j’ai débuté la recherche je me suis rendu compte que c’est exactement ce que je veux faire. C’est un monde fascinant où on se pose toujours des questions et non pas juste pour le plaisir de se les poser mais en espérant un jour découvrir ou dévoiler les principes de fonctionnement et d’organisation de l’être vivant. C’est d’ailleurs ce qui me motive chaque jour, je ne peux pas me satisfaire de ne connaitre qu’une partie, de n’avoir qu’un petit bout de l’information.

La question qui m’intrigue le plus est comment on transforme nos pensées en actions

  • Quelles sont, Professeur, les personnes qui vous ont inspirées lors de votre carrière ?

Je dirais que les personnes qui m’inspirent le plus sont celles qui ne se découragent pas face aux difficultés, les personnes qui ne lâchent pas prise lorsque ça devient difficile. Je regarde beaucoup de sport, et je suis toujours inspiré par les personnes qui se relèvent après un échec. Les sportifs qui ont perdu une grande finale ou une très importante compétition et qui partent s’entrainer d’avantage et reviennent participer de nouveau à la prochaine pour la gagner cette fois-ci.  Ce sont les personnes qui ont trouvé le moyen de surmonter les difficultés et tirer des leçons importantes de leurs « échecs ».

  • Pouvez-vous nous parler de vos travaux de recherche actuels ?

Oui bien sûr. Actuellement, la question qui m’intrigue le plus est comment on transforme nos pensées en action. Je voudrai retracer, un jour peut-être le circuit de neurones liant la pensée à l’action.

  • En effet, c’est une question très intéressante !

Professeur vous rentrez souvent au Maroc, quel est le lien que vous avez avec votre pays d’origine ?

Ah ! Un lien très fort ! J’aime beaucoup le Maroc car il y a beaucoup de positif dans ce pays et quand on vit à l’étranger on s’en rend compte plus facilement. Nous avons des richesses dans ce pays que je ne retrouve pas à l’étranger et ce sont ces aspects qui me ressourcent et m’encouragent à aller de l’avant. Je parle par exemple de la famille, de son concept au Maroc. On n’est pas seul au Maroc, il y a toujours quelqu’un pour nous aider et à qui on peut parler. Cet esprit de communauté est très important.

  • Professeur, comme vous, beaucoup de scientifiques et de chercheurs quittent le pays, à votre avis que peut faire le Maroc pour rapatrier ses compétences ?

Je ne pense pas que cela soit un problème d’aller étudier ou travailler ailleurs. On peut servir son pays de n’ importe où.  Quand j’ai décidé de partir, ce n’était pas pour revenir ou ne pas revenir au Maroc. C’était pour poursuivre ma vocation, faire ce que j’aime. Et, je suis resté en contact permanent avec mon pays et quand on a une occasion d’aider notre pays, on le fait toujours avec grand plaisir. Et puis, il y a plusieurs personnes qui reviennent. Des gens très compétents dans divers domaines qui sont à la tête de grandes sociétés.

Si c’était à refaire j’apprendrai la programmation

  • Quel est votre conseil pour les jeunes chercheurs et étudiants ?

Mon conseil est d’avancer pas à pas, croire en ses ambitions et apprendre à gérer les difficultés. Tout le monde rencontre des difficultés et tout le monde à un moment ou à l’autre peut penser à tout abandonner surtout dans le domaine de la recherche. Ce n’est pas un monde facile. Mais il faut tenir et ne pas se décourager.

Un autre conseil aussi, si c’était à refaire j’apprendrai la programmation. C’est la langue de l’avenir, ce n’est pas le français ou l’anglais mais bien la langue de l’informatique. Il faut apprendre à écrire des algorithmes car d’ici peu tout sera informatisé. Des logiciels analyseront pour vous les radios, bilans, …. Il faut apprendre comment ça marche.

  • Pour finir Professeur, nous vous remercions pour votre temps et nous vous remercions d’avoir accepté notre demande. Avez-vous un dernier mot pour nos lecteurs ?

Oui, l’espoir ! Il faut toujours garder espoir ! Je pense qu’il est important de rester optimiste, d’aller pas à pas, de ne pas trop réfléchir jusqu’à se perdre dans des pensées négatives. Il y a toujours des opportunités qui s’ouvrent à nous et le hasard intervient toujours. Et lorsqu’une porte s’ouvre à nous, il faut être préparé à saisir sa chance. Et enfin, comme je dis à mes enfants, poursuivez ce que vous aimez mais assurez-vous tout de même d’avoir du pain sur la table en fin de journée.

 

Interview réalisée par :

-Rim Sadki