Il existe deux régimes de couverture médicale au Maroc: l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO), créé en 2002 pour les personnes salariés; et le Régime d’Assistance Médicale (RAMED) qui a été mis en place en 2011 (après une expérience pilote lancée en 2008 dans la région de Tadla Azilal). Ce deuxième régime profite aux personnes démunies (travailleurs informels, pensionnaires des établissements pénitenciers, orphelins, personnes sans emploi…) Le RAMED permet à ces populations de bénéficier de la gratuité des soins et des prestations médicales obtenues dans les hôpitaux publics, les centres de santé et les services sanitaires.

L’objectif du projet est de couvrir 8,5 millions de marocains, soit 28% de la population. Parmi ceux-ci, une population estimée à 4 millions de personnes vivant dans l’extrême pauvreté, bénéficiera de la gratuité totale des soins, 4,5 millions en situation précaire devront payer une cotisation annuelle de 120 dirhams plafonnée à 600 dirhams par an et par famille.


 

FONCTIONNEMENT

Le budget du RAMED est estimé à 2,7 milliards dirhams et est financé à 75% par l’Etat, 19% par les cotisations annuelles des bénéficiaires et les 6% restants par les collectivités locales. L’identification des catégories se fait par le biais d’un formulaire «rempli par les chefs de famille qui doivent fournir des informations sur la composition des ménages, le nombre de personnes à charge et les biens et revenus dont ils disposent. Et c’est une commission dédiée à cet effet, qui prendra les décisions adéquates sur les demandes déposées. L’éligibilité se concrétise par l’octroi d’une carte familiale d’une durée de trois ans donnant droit à la prise en charge selon un panier des soins bien défini.

Dans les villes, les personnes ayant un revenu inférieur à 3767 dirhams par an sont considérées en situation de pauvreté absolue, celles dont le revenu annuel est compris entre 3.767 et 5650 dirhams sont déclarées en situation de vulnérabilité. En revanche, dans le milieu rural, la différenciation entre les pauvres absolus et relatifs sera fonction de critères tels que : «les terrains agricoles exploités, le cheptel, le poulailler, le matériel agricole et de transport, les moyens de transport personnel, l’équipement téléphonique et l’équipement sanitaire.

Les soins couverts sont diverses
-Soins préventifs: vaccination, suivi de la grossesse, santé maternelle et infantile, planification familial
-Consultations de médecine (urgences comprises) générales dans les centres de santé
-Hospitalisation médicale et chirurgicale, y compris l’hospitalisation pour accouchement;
-Examens de radiologie et d’imagerie médicale disponibles
-Explorations fonctionnelles disponibles (endoscopie, explorations neurologiques…)
-Médicaments et produits pharmaceutiques administrés durant les soins
-Dispositifs médicaux et implants disponibles nécessaires aux différents actes médicaux et chirurgicaux
-Soins bucco-dentaires disponibles
-Actes de rééducation fonctionnelle et de kinésithérapie


POINTS FORTS

L’avantage principal du RAMED, en plus de pouvoir offrir aux personnes démunis une couverture santé, est la qualité des prestations proposées. En effet, ce régime propose le même panier de soins qui celui proposé aux personnes couvertes par l’AMO. Cet élément est une particularité du système car dans la plupart des pays, où un double régime comme celui existe, les prestations offertes aux contribuables sont plus complètes que celles destinées aux populations précaires.


LIMITES

Quelques mois après son entrée en vigueur le projet a révélé certaines limites:
1- L’absence d’organisme propre gestionnaire du RAMED, ça jongle toujours entre le ministère d’intérieur ( rôle de ciblage et de tri), l’ANAM ( rôle de régulateur), ministère de santé et ministère de finance, chaque institution gère ses tâches sans qu’aucun ne soit responsable du programme.

2- « L’absence de structures d’accueil des patients et le manque de coordination avec les autorités locales, relevant du département de l’Intérieur». Ceci est dû à la généralisation injustifiée et rapide du programme du RAMED en absence de stratégie visant à améliorer la structure hospitalière publique de telle façon à répondre aux besoins de toute la population cible du programme ( sans parler de la disparité entre les zones urbaines qui disposent d’établissement de santé de ‘qualité’ et les zones rurales, en particulier celles enclavées.

3- « Les longs délais d’attente dans certains laboratoires » publics, le manque de médicaments ainsi que la faiblesse des formations de certains personnels de santé. Seul le manque de médicaments a été pris en charge par le gouvernement qui a alloué 2 milliards de dirham (179 millions d’euros) en 2013 à cette mission, contre 675 millions dirhams (environ 60 millions d’euros) au lancement du projet. Ce problème de financement est dû à l’absence d’une ligne budgétaire RAMED.

4- Le problème de ciblage: entre le SCORING qui est plus ou moins obsolète, la corruption au niveau de l’administration, des frais de contribution non payés et un taux de renouvellement décevant (par manque de confiance en un système qui a montré beaucoup de limites), le programme n’arrive toujours pas, en partie, à contribuer aux besoins d’une population qui agonise en silence.


FUTUR

En réponse a ces difficultés, le ministère de santé avec Mr Houssin El Ouardi en tête: ‘Le RAMED est un régime national mis en place par l’Etat et dispose donc d’une compétence administrative pour répondre aux difficultés rencontrées. L’Etat souhaite mettre en place des partenariats public-privé pour pallier les manques d’infrastructures et de ressources humaines. Une partie du dispositif sera transférée dans des pôles régionaux spécialisés pour lutter contre les disparités entre les zones urbaines et rurales, des déplacements de caravanes médicales dans ces zones reculées seront également réalisés.

Mais, peut-on donner une chance à ce que dit Mr le ministre, y a t-il une lueur d’espoir au fin fond du tunnel? Avec une médecine qui est en train de mettre en douceur le cap du business, un budget de santé toujours décevant, la destination du secteur de santé au Maroc reste toujours floue. N’est-il pas en train de se noyer, emmenant avec lui une population qui n’en peut plus de la qualité de vie qu’elle mène? Affaire à suivre