Un peu loin de la Mésopotamie, c’est en Egypte qu’on se rendra cette fois ci, et ce pour déceler les énigmes de la médecine égyptienne enfouies au fin fond des tombes et des pyramides. Heureusement, l’Antiquité classique ne nous a pas laissés dans l’ignorance absolue quant à cette vieille science et à ceux qui la pratiquaient. En effet, de toutes les disciplines scientifiques de l’Egypte ancienne, aucune n’acquit autant de popularité que la médecine, une science riche et complète qui atteignit un niveau de spécialisation assez remarquable à cette l’époque et dont l’exercice s’étendait sur plus de cinq milles ans, permettant ainsi de guérir tous les maux de la vie quotidienne allant des morsures de serpents à la gynécologie, en passant par les fractures et les tumeurs.

Mais comment la médecine Egyptienne nous a-elle été transmise ?

Outre la sculture et les sceaux, les manuscrits sur cuir ou sur papyrus, les peintures ainsi que les objets furent les principaux véhiculeurs de la science pharaonique. Ces documents sont pour l’essentiel des livres de pratique médicale auxquels les médecins se référaient dans maintes circonstances. Néanmoins, les deux papyrus Ebers et Edwin Smith demeurent le repère typique de la médecine Egyptienne.

Le premier, Papyrus Ebers, fut le disque le plus grand survivant de la médecine égyptienne antique. En dépit des nombreuses incantations destinées à ancrer la médecine dans un contexte magique et surnaturel, il existe toutefois des preuves d’une longue tradition de pratique empirique et d’observation. Bien que leurs connaissances sur les reins furent limitées, les Égyptiens semblent avoir une étude approfondie sur le cœur lui attribuant le centre de l’approvisionnement en sang avec des navires attachés à chaque membre de l’organisme dont les larmes, l’urine et le sperme. De plus, nombreux sont les chapitres du papyrus témoignant de la connaissance des troubles mentaux tels que la dépression et la démence et dont les descriptions suggérèrent que les Égyptiens concevaient les maladies mentales et physiques, pour une grande partie de la même manière. Le papyrus contient également  des chapitres sur la contraception et d’autres questions gynécologiques, sur les maladies intestinales, parasitaires ainsi que les pathologies dermatologiques et ophtalmologique, sans oublier la dentisterie et l’apport chirurgical.

Alors que le Papyrus Ebers rapporte des textes médicaux basés sur la magie, le Papyrus Edwin Smith présente ,en revanche, une approche rationnelle et scientifique de la médecine dans l’Egypte ancienne reposant sur la description du type de la lésion, de l’examen du patient, son diagnostic, son pronostic et le traitement adéquat. Il s’agit du plus ancien traité chirurgical connu sur les traumatismes avec de courtes sections de gynécologie et cosmétique.

L’ensemble de ces documents datant de l’antiquité contribue à décrire l’harmonie de la médecine égyptienne. En effet, l’organisation dans tous les domaines de la société pharaonique n’a pas manqué de réglementer la profession médicale. Les médecins faisaient semble-t-il partie de l’élite des fonctionnaires nationaux et leur renom dépassait de loin les bords du Nil pour s’étendre jusqu’aux pays étrangers où on sollicitait leurs compétences. Ainsi, le corps médical bénéficiait d’une assez grande considération. Il ne percevait pas d’honoraires, mais une rémunération fixe sous forme de nourriture ou de vêtements. Il était réparti selon une hiérarchie bien établie.
Cependant, les indigents bénéficient de soins gratuits. Aussi est-il important de noter l’importance de la médecine du palais. La plus part des “grands médecins” se trouvaient auprès du roi et ce n’est qu’en sa faveur qu’ils répandaient les bienfaits de l’art médical.

Quelles étaient les connaissances fondamentales maitrisées par les égyptiens ?

Les conceptions anatomiques et physiologiques égyptiennes étaient assez rudimentaires. En effet on ne disposait que de quelques notions élémentaires sur l’existence de vertèbres, d’organes thoraco-abdominaux, de muscles, de tendons et de nerfs, du cerveau et du liquide céphalo-rachidien et la place du cœur et des vaisseaux dans la circulation sanguine était parfaitement entrevu. En revanche, la physiologie était noyée dans les croyances philosophico-religieuses reposant sur le principe d’un réseau vasculaire analogue aux canaux d’irrigation du Nil . Partant du coeur, les “met” (conduits) irriguaient toutes les parties de l’organisme et véhiculaient le sang, l’air, les larmes, la salive, les mucosités, le sperme, l’urine, les aliments, les matières fécales ainsi que les “Oukhedou”, éléments pathogène et agents de la douleur à l’origine de fièvres malignes et d’inflammations.
Les renseignements dont disposaient les médecins leur étaient apportés en grande partie par les ouvriers chargés de pratiquer l’éviscération et l’embaumement des défunts. Cependant, la dissection était inconnue.

Les Égyptiens furent non seulement les maitres des pyramides mais aussi les initiateurs d’un raisonnement médical prépondérant et décisif basé sur trois ou quatre propositions et des déductions concrètes, enchaînées les unes aux autres. La première était d’ordre clinique (troubles fonctionnels ressentis par le malade ou signes constatés par le médecin).
la seconde indiquait un diagnostic, la troisième annonçait un pronostic classifiant l’affection curable, d’évolution incertaine ou fatale et enfin la dernière suggérerait une formule  thérapeutique ou des prières et incantations dans les cas jugés incurables.

En effet, bien que les procédés d’exploration soient réduits et la formulation des propositions imprécise et incomplète, l’examen du patient, lui , fondé en ce temps sur l’inspection, la palpation, la percussion et la prise du pouls ne demandera par la suite qu’à se développer.

Quels étaient les pathologies connues par les Égyptiens ?

Les savoirs pathologiques étaient assez concis. Tout a commencé par la plus ancienne des techniques médicales: la simple observation clinique.
Néanmoins quelques syndromes étaient clairement identifiés tels que les affections oculaires, les dermatoses,  les troubles urinaires, les ictères, les tumeurs du foie et de la rate ainsi que les métrites et autres affections gynécologiques et obstétricales.

L’examen des squelettes et des momies a permis de répertorier un assez grand nombres de pathologies principalement d’ordre rhumatologique tels que les cals vicieux, les ostéomyélites, la tuberculose vertébrale, les rhumatismes infectieux et  l’ankylostomose.

Sur quoi reposaient les principaux remèdes des égyptiens ?

Quant à la thérapeutique elle consistait essentiellement en des prescriptions de substances magiques. Les unes étaient répugnantes, faisant appel aux excréments: fiente de mouche, urine de quadrupède, farine pourrie ou encore de l’ eau souillée . Les autres étaient étranges: sang de crocodile, poil de babouin, queue de truie, chair de lézard, infusion de scorpion.
Aussi, d’autres substances d’origine animale ou végétale étaient utilisées par tradition, souvent comme excipient .

En somme, tous les remèdes utilisés n’agissaient sans doute pas mieux que les formules incantatoires et c’est sans doute la nature qui faisait office de thérapeute dans la majorité des cas. La médecine égyptienne antique a sans doute eu une influence sur les pratiques d’autres pays, en Grèce notamment.

Voyons voir ça !