La médecine dans la Mésopotamie : l’art de la guérison

13

Après un voyage dans le temps lointain, c’est en la Mésopotamie que se fera la prochaine escale, une région dans laquelle s’est épanouie l’une des plus anciennes formes de médecine attestée. Et comme pour faire écho à la médecine de la préhistoire, la médecine mésopotamienne refléta à son tour une société dans laquelle le sacré est encastré dans le social, et les conceptions religieuses et surnaturelles se mêlaient aux approches plus pragmatiques reposant sur l’observation et l’expérience traduisant ainsi cette cohabitation entre magie, exorcisme et médecine.

On avait longuement cru à l’inexistence de la médecine en Mésopotamie jusqu’à l’apparition de nombreux documents représentés par des tablettes cunéiformes rapportant les diagnostics médicaux, les remèdes pharmacologiques, et aussi les rituels de soin, qui concernent une vaste gamme de pathologies et qui révélèrent la preuve indiscutable de l’existence d’un art de guérir.

Cependant, le corps médical mésopotamien ne pouvant pas échapper à cette spéculation religieuse et magique largement répandue à l’époque, était issu principalement de la classe des prêtres et faisait partie des fonctionnaires des palais et des temples : exorcistes, voyants, astrologues et observateurs d’oiseaux. Ces derniers faisaient appel à la « Lécanomancie » pour dresser le diagnostic de la maladie, et ce, en tirant le pronostic de l’observation d’une goutte d’huile se déplaçant sur la surface de l’eau.

Peu nombreux, les médecins-prêtres bénéficiaient d’une haute position sociale et se succédaient, semble-t-il, de père en fils dans leurs fonctions. Ils échappaient par ailleurs à la plupart des dispositions du Code d’Hammourabi, par lequel le roi, en 1726, avait voulu réglementer toutes les activités du pays.

Mais jetons d’abord un coup d’œil sur la pratique de l’examen clinique à cette époque

Si aujourd’hui les antécédents personnels et familiaux constituent une étape clé dans l’interrogatoire du patient, jadis, elles furent substituées par la recherche du contexte surnaturel dans lequel se déroulait la maladie, un contexte susceptible de déceler une vengeance des dieux ou l’action des démons pouvant être à l’origine de l’affection pathologique.

A l’opposé de ce début irrationnel et absurde, le médecin babylonien ajoutait néanmoins une pincée de raison et de fondement en examinant le malade, notant le pouls, la température, la coloration des téguments et même son état d’agitation. Ce qui lui permettait de bien reconnaître certains maux.

Lesquels justement ?

En effet, bien avant Hippocrate, les médecins se sont penchés sur le tableau impressionnant de l’épilepsie et ont décrit clairement non seulement le phénomène hallucinatoire précédant la crise, mais aussi les sensations convulsives assaillant le malade épileptique.

La pratique chirurgicale était, elle aussi, très prospère comme en témoigne le tamponnement postérieur, préconisé en cas d’hémorragie du nez et qui est d’ailleurs toujours en usage chez les O.R.L contemporains.

De plus, les Babyloniens conçurent une arithmétique des fièvres décrivant ainsi les atteintes classiques qui reposèrent sur l’idée des jours critiques et les notions de fièvre tierce, quarte… toujours fidèles à leur théories de nombres et de calculs.

Toutefois, la spéculation des chiffres était loin d’être leur seul intérêt, en effet, les médecins mésopotamiens s’intéressèrent au foie, lui attribuant le siège de la vie. Par analogie, ils reproduisaient les constations anatomiques observées sur le foie d’un animal; riches en enseignements sur l’état du malade  et développèrent de ce fait la technique d’hépatoscopie afin de mieux apprivoiser cet organe considéré comme « sacré » à cette époque.

Cependant en quoi consistait l’approche thérapeutique mésopotamienne ?

Considéré comme pêcheur, le malade, muni de la magie, devait impérativement se réconcilier avec la divinité ou encore se désunir des démons qui s’en était emparés. En effet, les offrandes, les formules incantatoires étaient donc une partie intégrante du  traitement, qui ne se concevait d’ailleurs pas sans une minutieuse observation des astres.

En outre, grâce à une longue expérience de trois millénaires, la pharmacie assyrobabylonienne était extrêmement riche exploitant le chanvre, l’opium, l’ivraie comme narcotiques ou encore la belladone contre les maux de l’estomac. Par ailleurs, l’ensemble de ces plantes étaient recueillies la nuit à la seule lumière de Sin (le dieu de la lune) et laissées pourrir avant leur utilisation afin d’acquérir toute leur efficacité et prévenir une éventuelle agression par les démons.

Face à la prospérité de la pharmacie assyrobabylonienne quels étaient les principaux remèdes utilisés par les médecins mésopotamiens ? Et quels étaient leur modes d’utilisation ?

On se servait généralement d’un tube de bronze pour instiller l’urètre avec de l’huile douce, et des spatules du métal afin d’appliquer des pommades ophtalmologiques comme remède aux maladies de l’œil étant très communes sous ces latitudes.

La liste des traitements est assez exhaustive regroupant notamment les massages abdominaux et les prescriptions diététiques, telles le vin de palme, la bière d’orge fermenté qui apportait le teint le plus radieux au visage le plus terne.

A la lumière de cet aperçu , on constate que  la médecine mésopotamienne regroupe une pratique complexe, ayant recours à différents spécialistes sans doute plus complémentaires que concurrents, et ayant sa propre rationalité, même s’il ne faut pas y chercher une pratique « scientifique » au sens moderne du terme, en éliminant ce qui ne relève pas du champ de la médecine moderne.

En attendant de satisfaire notre soif de rationalité dans les époques à venir !

Quelle sera donc la prochaine destination ?