Le carcinome épidermoïde cutané (CEC)   et le carcinome basocellulaire (CBC) – collectivement appelés cancer de la peau non-mélanome (CPNM) – sont les cancers cutanés les plus courants chez l’homme, avec une incidence croissante dans le monde.

Deux à trois millions de cancers cutanés non mélanocytaires sont enregistrés chaque année dans le monde (WHO, 2017). Des études réalisées en Australie, au Canada et aux États-Unis ont montré qu’entre les années 60 et 80, la prévalence des carcinomes cutanés a doublé et notamment les CBC.

Les facteurs de risque établis pour les CPNM comprennent un phenotype cutané (Les populations à la peau claire, aux yeux clairs, aux cheveux roux ou blonds et porteurs de nombreuses taches de rousseur (phénotype I et II) sont à risque élevé de carcinome basocellulaire et épidermoïde cutané), l’immunodepression, les antécédents familiaux de CPNM et une forte exposition à la lumière UV par des sources naturelles ou artificielles.

 

L’antihypertenseur hydrochlorothiazide (HCTZ) est un puissant photosensibilisateur, associé à des réactions cutanées phototoxiques et photoallergiques ainsi qu’au lupus d’origine médicamenteuse. Il a également été démontré que l’HCTZ augmente les dommages causés par les UVA dans un modèle expérimental et augmente la fréquence du carcinome épidermoïde de la lèvre jusqu’à sept fois dans une récente étude cas-témoin au Danemark.

 

Comme HCTZ demeure l’un des diurétiques les plus couramment prescrits, Dr Pedersen et ses collègues ont cherché à explorer tout lien entre l’utilisation chronique des thiazidiques et les CPNM. Pour ce faire, ils ont conçu une étude cas-témoin utilisant le registre danois du cancer (2004-2012) pour recueillir  71 533 cas de CBC et 8629 cas de carcinome épidermoïde. Ils ont croisé ces cas avec le registre national des ordonnances pour déterminer l’exposition cumulative aux HCTZ, en comparant ces données avec celles des témoins de la population.

 

Résultats de l’étude

L’association entre l’utilisation des HCTZ et les CPNM était spectaculaire, en particulier pour les CEC. Parmi les autres constatations, mentionnons les suivantes :

 

1-L’utilisation élevée de HCTZ (≥ 50,000 mg) a augmenté les rapports de cotes (RC) de CBC et du CEC de 1.29 et 3.98, respectivement.

 

2-Les patients les plus exposés à l’HCTZ (> 200 000 mg) ont présenté des RIA accrus de 1,54 (CBC) et de 7,38 (CEC).

 

3-l’appui d’une relation de cause à effet, l’exposition aux HCTZ et aux CPNM a montré une relation dose-effet.

 

4-La proportion de cancers de la peau attribuables à l’utilisation de HCTZ était de 9 % pour les carcinomes épidermoïde cutané  et de 0,6 % pour les CBC.

 

5-L’HCTZ a montré l’association la plus forte avec les cancers de la peau sur les sites fortement exposés au soleil tels que les membres inférieurs (par rapport au tronc).

 

6-Les individus plus jeunes ont montré la plus grande association entre l’utilisation de HCTZ, CBC et CEC

 

7-Aucun lien n’a été trouvé entre les CPNM et l’exposition à d’autres antihypertenseurs.

Dans une étude antérieure, ce groupe de chercheurs a démontré une forte association entre l’utilisation de HCTZ et le CEC  de la lèvre. Dr Pedersen et ses collègues nous ont maintenant fourni des preuves convaincantes que l’utilisation de HCTZ augmente le risque de carcinome épidermoïde et, dans une moindre mesure, de CBC. Leur observation peut-être la plus alarmante est que les personnes plus jeunes (< 50 ans) court un risque > 40 fois plus grand de développer un carcinome épidermoïde que les témoins naïfs à HCTZ.

 

En raison des limites de la conception de l’étude, Pedersen et ses collègues n’ont pas pu évaluer si l’utilisation de HCTZ est liée à une histopathologie plus (ou moins) agressive du CPNM. Ils n’ont pas non plus pu comparer le comportement des tumeurs en ce qui concerne les métastases et les taux de mortalité.

 

Néanmoins, ces résultats soulèvent un énorme signal d’alarme. Les patients qui prennent HCTZ doivent subir un dépistage de la CEC et du CBC et, si possible, ceux qui ont des antécédents de cancer de la peau et/ou des facteurs de risque (phototype cutané clair, immunosuppression, antécédents familiaux importants de cancer de la peau) doivent se voir offrir un autre agent antihypertensif. Les études futures devraient également examiner si d’autres médicaments photosensibilisants présentent un risque accru similaire de CPNM.