Edito : Tuberculose en 2018. Pr Bourkadi.

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     Pr Jamal Eddine Bourkadi
    Professeur de pneumo-phtysiologie – Faculté de médecine et pharmacie Rabat.
   Directeur du centre hospitalier universitaire Moulay Youssef -CHU Rabat Salé

La tuberculose demeure toujours un problème de santé publique dans le monde. C’est l’une des 10 premières causes de mortalité dans le monde.

En 2016, 10,4 millions de personnes ont contracté cette maladie et 1,7 million en sont mortes (dont 0,4 million ayant aussi le VIH). Plus de 95% des décès dus à la tuberculose surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

La tuberculose est le premier facteur de mortalité chez personnes VIH-positives. En 2016,  40% des décès de séropositifs ont été dus à la tuberculose.

D’aure part, la tuberculose multirésistante demeure une crise de santé publique et une menace pour la sécurité sanitaire. L’OMS estime à 600 000 le nombre de nouveaux cas présentant une résistance à la rifampicine – le médicament de première intention le plus efficace – dont 490 000 sont des cas de tuberculose multirésistante (résistante au moins à la Rifampicine et Isoniazide)

Au Maroc, la tuberculose reste un problème de santé. L’incidence est restée relativement stable durant cette dernière décennie (2006-2016) entre 86 et 91/ 100 000 habitants. En 2016, 31542 de  tuberculose toutes formes ont été notifiées soit une incidence de 91/100 000 habitants.

La tuberculose pulmonaire (TP) représente 53% de la tuberculose toutes formes tandis que  la  tuberculose extra-pulmonaire (TEP) en représente 47% confirmant l’augmentation du nombre de la TEP constatée depuis des années. La TEP est faite essentiellement de la tuberculose pleurale et ganglionnaire.

Le profil épidémiologique de la tuberculose a connu ces 25 dernières années des changements suggérant une diminution de la transmission de la tuberculose dans la  population générale. Ainsi, nous avons noté :

  • Une diminution de la fréquence des cas de primo-infection tuberculeuse cliniquement patente qui a significativement diminué aussi bien en termes de nombre que d’incidence de -4% et -5% par an respectivement
  • Que la moyenne d’âge des patients tuberculeux a augmenté progressivement de 28 ans en 1980 à 36 ans en 2016
  • Que la tranche d’âge de moins de 15 ans qui représentait environ 17% des cas notifiés en 1980 a progressivement diminué à 7% en 2016. Celle des malades tuberculeux âgés de 45 ans et plus a augmenté de 17% à 29% pour la même période.

La tuberculose est plus fréquente chez l’homme (58 %) que chez la femme (42%). Elle atteint surtout l’adulte jeune entre 15 et 44 ans (64% des cas). La tuberculose de l’enfant est devenue rare (6%) chez les moins de 15 ans.

Les régions les plus touchées sont celles à fortes concentration de la population. C’est-à-dire la région de Tanger-Tetouan – Alhoceima, Casablanca-Settat, Rabat -Salé-Kénitra et  Fès – Meknès, qui totalisent 85% des cas de la tuberculose

Au Maroc, la dernière enquête nationale de surveillance de la résistance réalisée en 2014 a révélé que la prévalence de la résistance à au moins un antibacillaire était de 5,2% chez les nouveaux cas et de 16,4% chez les cas antérieurement traités,  La prévalence de la multi résistance était de 1% chez les nouveaux cas et de 8,7% chez les cas antérieurement traités.

La séroprévalence globale de la coïnfection VIH chez les patients ayant une tuberculose  a été estimée à 1,7% d’après une enquête transversale de séroprévalence de la coïnfection TB-VIH réalisée en 2008 chez 1254 patients tuberculeux suivis en ambulatoire et  en hospitalier au niveau de 29 sites sélectionnés.

L’objectif général à atteindre par le programme national de lutte antituberculeuse (PNLAT) durant la période 2016 – 2035, s’inscrit dans l’objectif global de développement du millénaire qui vise la limitation de la propagation de la maladie et mettre fin à la tuberculose comme problème de santé publique (atteindre l’incidence de 10/100 000 habitants) et ceci dans le but d’éliminer la tuberculose en tant que problème de santé publique au Maroc d’ici 2050 (un cas TPM+ par million d’habitants)

Certes la recherche en matière de tuberculose à connu une reprise remarquable après une accalmie de plusieurs et longues années pour reprendre à la fin du siècle dernier avec la réemergernce de la tuberculose en partie en raison du virus de l’immunodéficience acquise. C’est ainsi que nous avons assisté à plusieurs innovations diagnostiques (PCR et surtout son automatisation (Xpert et HAIN), tests de libération de l’interféron gamma…),  thérapeutiques ( Linezolide, Bedaquiline, Délamanide…) et nous sommes toujours en attente d’un nouveau vaccin probablement à la fin  de cette décade.