Dr Lahna Zouhair au ministre de la santé: Pour une santé reproductive équilibrée et équitable

Pour une Santé Reproductive Équilibrée et Équitable…

A Monsieur le ministre de la santé,

Après une expérience de plusieurs années dans le domaine de santé reproductive au Maroc et dans le monde, j’ai entamé depuis 2 ans un Apprentissage en Techniques d’Obstétrique d’Urgence au profit des sages-femmes marocaines. Cet apprentissage m’a paru être la première étape pour réformer la santé reproductive au Maroc. Investir dans la sage-femme comme capital humain nécessaire et incontournable. Ceci m’a amené à voyager dans mon pays et recenser les besoins pour améliorer les conditions de la maternité.

En deux ans, j’ai pu former (et je continue à le faire) de façon ludique et interactive 400 sages-femmes environ à travers le Royaume, qui œuvrent dans la santé publique. J’ai mesuré ainsi les besoins et partager avec elles quelques solutions. Ce périple m’a permis également d’échanger avec quelques directeurs d’hôpitaux ou délégués du ministère de la santé pour comprendre les approches et leurs difficultés.
Et comme vous et moi ainsi que la plupart des acteurs de santé, je suis certain que nous voulons du bien pour le pays et à cette tranche fragile de la population qui sont la maman en couches et les nouveau-nés. Par conséquent, je m’adresse à vous par ces propositions simples et faciles à appliquer sans budget supplémentaire ni de moyens impossibles. Avec de l’existant, on peut arriver à une amélioration sensible de la prise en charge de la maternité.

Je vous propose ceci en deux temps, à court et à moyen terme.

Le court terme :

1. Utiliser nos moyens humains actuels en activant la mobilité et l’efficacité au lieu de l’éparpillement et la régression des compétences.
En effet, le nombre de gynécologues obstétriciens est restreint dans les centres hospitaliers régionaux et provinciaux et peu efficaces dans les maternités de proximité.

2. On se retrouve avec un flux de femmes en couches très important et un taux de transfert ahurissant vers les hôpitaux régionaux et provinciaux parce qu’il y a un obstétricien de garde.

3. Les obstétriciens dans les hôpitaux périphériques ne sont pas en nombre suffisant souvent 1 ou 2 et n’effectuent par conséquent pas de gardes, l’hôpital de proximité fonctionne après 16h voir 14h comme un centre de santé avec son lot d’incertitudes et de transferts.

4. Cet éparpillement des obstétriciens est néfaste pour l’accueil des patientes d’une part et la compétence des ceux qui n’effectuent pas de gardes et par conséquent perdent en efficacité face aux urgences vitales qui peuvent menacer les femmes lors des accouchements.

5. Pour remédier à ce dysfonctionnement, il suffit de nommer les médecins dans la province et pas dans un hôpital donné avec possibilité de mouvements dans les structures comme ferait n’importe quelle entreprise avec ses salariés.

6. Instaurer la garde résidentielle effective, afin que l’obstétricien soit près de la salle de naissance, pour cela un soin particulier devra être fait dans son lieu de garde et une recherche de moyens de rémunérations des gardes acceptables et attractives via les conseils régionaux ou l’INDH.

7. S’agissant des sages-femmes, c’est la même problématique mais avec plus d’acuité. Un nombre faible dans les hôpitaux provinciaux en regard du nombre important des accouchements par jour, ce qui aboutit à une charge de travail surhumaine avec son lot de mauvais accueils, de difficultés de surveillance de la femme et du fœtus et d’accouchements dans un climat pas toujours satisfaisant de point de vu technique et humain. Cette atmosphère inhumaine est propice à un climat d’erreurs médicales et de corruption.

8. D’un autre côté un nombre important de sages-femmes est éparpillé dans les hôpitaux locaux ou maternités de proximité, ne font que très peu d’accouchements, alors elles régressent forcément et travaillent de plus en plus dans un climat de peur et d’insécurité pour elles et leurs patientes. Ce qui a abouti à un nombre anormalement élevé de transferts vers les hôpitaux régionaux et parfois de façon tardive pour sauver les nouveau-nés voir les mères.

9. La proposition est là, encore des affectations dans la province ou la région avec un roulement entre l’hôpital régional ou provincial et les maternités de proximité afin de créer un lien entre ces deux entités de sages-femmes et de permettre un climat de travail serein. Ceci pourrait se faire au début sur la base du volontariat et de l’incitation, pour éviter les résistances stériles et inutiles, qui sont dues souvent à la mauvaise communication ou aux jeux de quelques récalcitrants.

A moyen terme :

1. le but escompté à moyen terme c’est celui de Fermer les maternités de proximité et de regrouper les acteurs de santé maternelle dans des structures efficaces, que ce soit obstétriciens, sages-femmes, pédiatres, anesthésistes infirmiers anesthésistes ou infirmiers du bloc opératoire, biologistes et banques de sang etc. Deux, trois voir quatre structures selon les provinces ou les régions, afin de créer des pôles de fonctionnement d’excellence et d’efficacité au lieu de l’éparpillement actuel et la dilapidation des compétences.

2. Concernant les nouveau-nés, une attention particulière devra être donnée à ce secteur qui connait une hécatombe quotidienne. Le nombre restreint des places dans les niveaux 3 (avec des réanimations néo natales) nous incitent à en créer d’autres dans les hôpitaux provinciaux qui nécessitent une remise à niveau urgente; parce qu’il est inconcevable que des milliers de nouveau-nés souffrants ou prématurés décèdent par manque de respirateurs et de compétences.

3. La nécessite de remise en compétence des soignants paramédicaux qui s’occupent de ces êtres fragiles et qui n’apprennent que sur le tas en l’absence de filière de formation en puériculture dans les programmes des ISPITS.

Monsieur le ministre,

Accepter que des femmes accouchent dans des maternités sans bloc opératoire ni équipe, mais seulement avec une sage-femme et plus est toute seule les weekends, jours fériés et les nuits, c’est accepter un certain nombre de mortalité de femmes et de leurs nouveau-nés.
Accepter que les femmes accouchent par dizaines dans des centres hospitaliers surchargés c’est accepter la mauvaise surveillance, des accouchements dans de mauvaises conditions, une morbidité maternelle et une surmortalité néonatale intra hospitalière.
Les politiques de santé précédentes et leurs experts ont accepté ceci, mais il se trouve que le citoyen marocain ne l’accepte plus et demande que ça change. Vous pouvez le faire avec une volonté politique et en mettant les élus locaux qui souhaitent un centre de santé dans les villages avec un personnel qui ne travaille pas ou très peu afin d’assurer leurs réélections devant leurs responsabilités, comme vous mettrez ceux qui s’attachent au régime actuel en s’octroyant des privilèges sur les âmes de mamans et de leurs nouveau-nés devant leurs consciences.

Enfin, Soigner la santé reproductive c’est s’occuper de la société toute entière et participer grandement à la construction de la paix sociale, si nécessaire à notre pays.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le ministre, l’expression de mes sincères salutations.

Dr Zouhair Lahna
www.injab.ma