Intissar Haddiya est professeur agrégé de Néphrologie à la faculté de médecine d’Oujda. Elle est également auteure de plusieurs travaux médicaux et membre actif des associations de soutien aux insuffisants rénaux. Ses premiers ouvrages littéraires étaient publiés par Cambridge University Press (New York). Dans son engagement pour la promotion du don d’organe, elle publie son premier roman français «  Si Dieu nous prête vie », en 2016, aux éditions St. Honoré (Paris). Un roman, relatant le vécu de patients dialysés dans l’attente d’une greffe rénale, qui a été bien reçu par la critique et les lecteurs.

Medactu vous invite à découvrir cet exemple de médecin engagé et son livre qui nous transporte dans le vécu des personnes souffrantes de maladies rénales terminales. Une maladie qui, en l’absence de statistiques précises, toucherait plus de 3 millions de Marocains dont bien entendu des enfants. 

 

-Professeur Intissar Haddiya, qu’est qui vous a motivé à écrire ce livre ?

Ce roman s’inscrit, en fait, dans la continuité de mes activités d’écriture qui avaient débuté très tôt dans ma vie. J’ai découvert cette passion pour l’écriture à l’enfance, inspirée par les histoires et romans de jeunesse que je lisais à l’époque. Je garde d’ailleurs plusieurs manuscrits de ces écrits là. Adolescente, j’ai participé à plusieurs concours d’écriture francophone, en l’occurrence, entre 1995 et 1998 et remporté des prix.

Ce roman fait écho, bien entendu à mon quotidien de médecin néphrologue face à la lourdeur de la maladie rénale et aux souffrances de mes patients et de leurs familles. J’ai voulu donner une voix à toutes ces personnes, très courageuses et dignes d’admiration qui s’accrochent à la vie et militent, en silence contre un mal terrible. J’ai tenu à les faire sortir de l’ombre, faire connaître l’étendue de leur douleur et la teneur de leur combat.

-Le titre  « Si Dieu nous prête vie » est intriguant, nous aimerions bien savoir pourquoi vous l’avez choisi ?

“Si Dieu nous prête vie” est une expression assez puissante qui résume l’espoir et le désir ardent de survie que manifeste l’ensemble des personnages du roman ainsi que leur lucidité de la gravité de leur condition de malades à vie. En outre, elle a une portée philosophique et exprime subtilement le fait que l’humain n’est pas véritablement propriétaire de sa vie mais en est plutôt un simple usager. C’est au fil de l’écriture de ce roman que cette expression s’est, petit à petit, imposée comme titre de l’ouvrage.

 

-Pouvez-vous nous faire un bref résumé du livre  (sans dévoiler l’intrigue) ?

C’est un roman qui raconte le vécu d’un groupe d’individus, appartenant à un milieu socio-économique et culturel modeste qui partagent la même séance de dialyse dans un hôpital marocain. L’ouvrage révèle la difficulté d’accès à la greffe d’organe dans notre pays et décrit aussi la charge émotionnelle qui emplit, contre toute attente les salles de dialyse où convergent des destins très différents et où se tissent des liens, parfois très forts, entre les patients et aussi avec les soignants. C’est un roman qui donne une voix aux patients dialysés, qui ont tellement de choses à nous apprendre sur le sens de la vie, l’extraordinaire chance d’être en bonne santé et le désir de survie qui persiste même dans l’adversité absolue.

-Qu’attendez-vous de vos lecteurs ?

Camus disait : « tout artiste (auteur) désire être reconnu, je le désire aussi ». Pour ma part, je dirai que je souhaiterais que mes messages parviennent aux lecteurs. Écrire et a fortiori publier, est une manière d’aller vers les autres, de s’ouvrir aux autres et d’échanger avec eux, c’est aussi dévoiler différentes facettes de sa personnalité et accepter de se soumettre à la critique et au jugement de l’autre.

-Finalement, en mettant la lumière sur le vécu des hémodialysés chroniques, votre livre est aussi un appel au don d’organe puisque la transplantation rénale est le traitement de choix de ces patients.  Avez-vous, justement, constaté que ceux qui ont lu votre ouvrage ont changé leur attitude face au don d’organe ?

C’est indéniablement l’une des satisfactions que me procure mon échange avec les lecteurs. Beaucoup d’entre eux, en l’occurrence ceux qui sont loin du domaine médical, ne se doutaient pas de l’intérêt d’un tel traitement ni de la difficulté d’y accéder. J’avoue que beaucoup de gens m’ont exprimé à quel point cette lecture a changé leurs idées à ce propos, modifié quelques à priori, et enclenché certaines réflexions sur le fait qu’un organe puisse continuer à vivre après le décès, les notions de générosité et de solidarité dans les sociétés humaines

-Merci beaucoup Professeur de nous avoir accordé cet interview, et pour finir êtes-vous sur un nouveau projet d’écriture?

Oui, en fait, je viens de publier un nouveau livre, “Au fil des songes” aux éditions St.Honoré- Paris que je laisserai aux lecteurs le plaisir de découvrir. Ensuite, il y a bien-sûr d’autres projets qui se concrétiseront dans les mois à venir.