Dr Mehdi Echafi, chirurgien pédiatre au CHP de Tiznit, à mis en ligne il y a quelques jours une vidéo à partir de laquelle il s’adresse directement à sa majesté le roi Mohammed 6 pour dénoncer le cadre dans lequel il exerce son métier chaque jour. Une action courageuse qui reflète la lutte journalière d’un médecin spécialiste en périphérie, et avec lui beaucoup d’autres, donnant ainsi la voix à une réalité qui impose des efforts sérieux pour être améliorée.

Pour en savoir plus à propos des conditions auxquelles fait face Dr Echafi, l’équipe Medactu s’est entretenu avec le chirurgien pédiatre. Voici l’interview:

1- À quoi ressemble votre lutte de chaque jour à l’hôpital pour une meilleure atmosphère de travail ?

“Si on sous-entend par une atmosphère de travail celle préparée par la direction de l’hôpital et les responsables provincial et régional de la santé, je pourrais vous dire qu’on est loin de servir les malades. Et là, je tire l’alarme sur les conditions macabres qui régissent les locaux de travail et aussi la politique du jour appliquée.

La seule action pour laquelle j’œuvre chaque jour c’est une mise à niveau du bien-être physique et moral des enfants malades et issus de milieux démunis. Mais milles entraves au quotidien, devant un directeur et ses subordonnés qui me mettent les bâtons dans les roues pour rompre ma vocation et mon amour pour ce métier.

J’ai initié au centre hospitalier provincial de Tiznit vers la fin du mois de juin 2017. Devant une spécialité aux applications méconnues vu que mes prédécesseurs ne faisaient pas preuve de grand champ d’application côté chirurgie.  Donc il fallait faire preuve sur le terrain. Un bureau m’a été légué par le directeur de l’hôpital, de surface restreinte, dénué de conditions de sécurité et de santé au travail, absence d’aération et de luminosité. J’ai déclaré la situation verbalement et par courriers administratifs mais hélas pris à contre cœur.

A savoir que je me suis approprié mon propre outillage de chirurgie, devant un dénigrement de la direction et du directeur. Car mes années de formation ne me permettent pas de m’installer derrière un bureau et à commencer à rédiger des lettres de transfert vers d’autres structures hospitalières aggravant la situation de l’enfant malade et sa famille, jugeant mon action d’irresponsabilité et d’absence de professionalisme.

Mon acharnement au travail et mon rendement par une qualité élevée des soins avec une prise en charge globale de toute la pathologie chirurgicale pédiatrique, ont été sanctionnés par la mise en œuvre d’une forme d’harcèlement professionnel et ce par abus de pouvoir sur :

-Des demandes d’explication insensées et formulées par le directeur. M’étant adressées en vague. Le plus aberrant, c’est au moment du geste opératoire en pleine action, ce que je n’ai pas toléré de première vue.

-Propagandes et rumeurs prenant point de départ de l’hôpital et trouvant refuge chez la société civile. Ce qui a fait surgir une sorte de zizanie chez les parents des enfants. Donc là encore, il fallait non seulement faire mon activité normale mais m’expliquer devant chaque parent pour faire chasser le doute chez eux.

-Blocage des parents des enfants malades par les agents de sécurité, sinon leur renvoi à la porte principale de l’hôpital sous peine que je ne suis pas présent. Tout en sachant que c’est de la fausse information. Je me suis révolté devant la direction de l’hôpital, la délégation provinciale devant ces attitudes déplacées et malsaines mais silence radio des responsables ? Il fallait s’adresser aux agents de sécurité pour les mettre à jour sur leurs devoirs et justes responsabilités.

-Impact néfaste sur les parents d’enfants hospitalisés vue qu’il y a  des fonctionnaires malfaiteurs en collaboration avec le directeur pour créer une sorte de turbulence dans l’atmosphère. Soit, les parents m’avisent de chaque pas et geste du personnel non consciencieux.

-Un accompagnement obligatoire des malades de  l’hospitalisation à la sortie de l’hôpital, ce qui m’impose plus d’efforts pour subvenir à une fonction qui n’est pas la mienne : formuler les dossiers, coller les bilans, transport des enfants de la salle de chirurgie au bloc opératoire, s’assurer de l’administration des traitements injectables, du changement de pansement, etc..”

2- Quelles sont les difficultés que vous trouvez et qui mettent un obstacle face à la pratique épanouie de votre métier?

 

“Le système de gestion et de gouvernance médicale met obstacle au développement de l’offre de soins. Une médecine bien appliquée à sa juste valeur ne trouvera jamais place tant que certaines manœuvres malsaines sont pratiquées par certains médecins, infirmiers et autres fonctionnaires de l’hôpital.”

 

3- Comment faites vous pour garder la bonne  conscience et continuer à respecter les douleurs et souffrances de vos patients face à des conditions de travails inhumaines et un flux de patients en croissance continue ?

 

“L’amour du métier, l’altruisme, la citoyenneté œuvrant vers l’amplification des efforts personnels à une remise à niveau de la prestation des soins.”

 

4- Quelles ont été les circonstances derrière votre décision courageuse et exemplaire de s’adresser directement à sa majesté le roi ? Votre appel à t il été entendu ?

“Je ne prendrais pas ma décision pour courageuse, pas plus qu’elle n’est morale et précieusement formulée. Notre Roi, que Dieu le glorifie, a exposé plusieurs visions de changement vers un Maroc meilleur avec des directions bien codifiées et sous une réglementation stricte et évolutive. On peut faire appel au leadership soucieux de l’état de son groupe. Ceci impose bon nombre de qualités humaines, de sacrifices personnels le tout à des fins exponentielles menant les groupes d’individus à une collaboration formelle pour la citoyenneté et le capital. Ce dernier est seulement le fruit du travail et il n’aurait jamais pu exister si le travail n’a tout d’abord existé.

Après tant d’efforts à faire appel aux différents responsables et sous-couvert de la voie hiérarchique, aucune résolution ne m’a été adressée à savoir qu’on est au 21ème siècle devant des droits et devoirs assermentés et clarifiés.”

5- Que proposez-vous pour changer la situation ? Suffit-il de dénoncer ce qui se passe ? Ou faut il intégrer le changement dans une vision totalitaire ?

“Autant que fonctionnaire de l’état et en pleine charge d’actions sur le terrain, il est indispensable d’avoir des actions collaboratives à double échelon horizontal et vertical. On ne peut sévir à une loi aveugle qui subjugue l’indifférence aux idées constructives. Autant que jeunes médecins, notre devoir premier est de chercher à améliorer l’image de la médecine par une meilleure offre de soins sur une base scientifique et comportementale développée.”

6- Quel est votre message aux futurs médecins, parmi eux ceux qui seront affectés à leur tour en périphérie ?

“Pour répondre à votre question, je me permettrais d’extirper les faits décrits dans l’histoire d’évolution des peuples. Le changement est perpétuel, démarre par une idée institutionnelle positive, s’incorpore dans une volonté individuelle avec effet d’influence sur le groupe et la société.

Si chacun d’entre nous présente une bonne action et la menant dans la cadre d’une stratégie implicative, on pourrait parler de lueurs de changement. Certes, il ne faudrait pas être hâtif et se dire qu’on aboutirait à des résultats dans un avenir proche. Il ne faudrait pas se bousculer par ce fardeau. Mais plutôt garder l’esprit bien éveillé et travailler tout en fixant nos objectifs à court, moyen et long terme. J’insiste sur la volonté individuelle et la prédisposition au changement illuminé et notoire.

Mon message est comme tel : « Ayez la foi et la certitude que notre Maroc a besoin de nous, de nos sacrifices et nos efforts dans un cadre d’une volonté appropriée afin d’aboutir à des résultats dignes des attentes de notre société. »

Après l’obtention de mon diplôme de spécialité, on a fait courir le bruit comme quoi, je ne me plairais pas dans ma pratique quotidienne et qu’il n’y a rien à faire dans la structure hospitalière de destination, que ça soit de la part des responsables, d’administrateurs ou de confrères. Mais sachez une chose, tout dépendra de votre volonté propre et de la conception à être dévoué pour son travail, son malade et son pays.Très bon courage, je vous attends sur le train du changement.”