A Assa, chef-lieu de la province d’Assa-Zag, j’ai été agréablement surpris par les moyens mis à la disposition de l’hôpital. Mais comment pourrions-nous motiver des médecins, des sages-femmes et des infirmiers pour y travailler avec enthousiasme, sachant qu’ils ne sont pas du tout habitués à un climat difficile ?

Photo d’illustration. / DR

«Il n’y a rien à Assa Zag, juste de la chaleur et de la pierre», m’avait dit un ami quand je lui ai parlé de mon intention d’aller dans cette région. Sur place, j’ai découvert des espaces à perte de vue, à couper le souffle, de charmantes oasis, des gens accueillants et le restaurant avec vue sur la palmeraie de Ba’hmad. Si le climat désertique est certes rude, il a enfanté des hommes et des femmes dignes et qui méritent notre attention et notre main tendue.

Quand j’ai visité l’hôpital d’Assa, j’ai été agréablement surpris par les moyens qui ont été mis à sa disposition : des tables d’accouchement de qualité, des couveuses, un beau bloc opératoire où il y avait même un cœlioscope d’une valeur qui dépasse le million de dirhams. Il peut manquer d’autres éléments bien évidement, mais rien ne pourra remplacer les femmes et les hommes de qualité qui y travaillent et qui y travailleront.

Mutualiser les moyens pour un service de qualité

Alors, comment pourrions-nous motiver des médecins, des sages-femmes et des infirmiers pour y travailler avec enthousiasme, sachant qu’ils ne sont pas du tout habitués à un climat difficile ? Comment faire en sorte que ces jeunes diplômés, nommés dans les zones lointaines, ne sentent ni injustice ni abandon ? Comment leur permettre de garder le regard brillant du premier de la classe et pas celui du blasé qui attend juste une mutation ou un miracle ?

Ce n’est pas très difficile. J’ai vécu avec des soignants, souvent volontaires, qui se sont adaptés à des déserts dans le Sahel, aux brousses en Afrique ou les moussons en Asie. Au Maroc, il faudra commencer par donner aux jeunes le sentiment qu’ils sont en train d’accomplir une noble mission pour leur pays et qui élèvera leur propre personne. Les paroles creuses et le manque de sincérité ont la vie courte. Ils s’évaporent une fois le seuil des portes des administrations franchies. Les faits et les gestes insufflent le courage et revigorent les volontés. Autrement, on aura affaire à des jeunes fraîchement diplômés mais déprimés. Qu’est ce qu’un déprimé pourrait bien donner à la société s’il a, lui-même, besoin d’aide ?

Les responsables ont accepté une certaine largesse au personnel soignant pour se remplacer et se succéder sur place. C’est une solution admise pour permettre aux jeunes soignants qui ont des familles dans les grandes villes, de pouvoir aller se ressourcer et revenir. Ceci a un avantage certes, mais retire au soignant les moyens de s’adapter et de s’investir dans un endroit donné. A mon avis, ce qui aurait été bénéfique, c’est une participation citoyenne des entreprises publiques de transport, en octroyant des billets à moins 50% par exemple, ce qui permettra des visites successives aux familles sans détachement du service.

Comme il n’est pas bénéfique pour un soignant fraîchement diplômé et encore moins pour le patient de les mettre dans un hôpital sans moyens ni le secours par des médecins plus expérimentés en cas de besoin. Ce qui donne des conditions d’exercice difficiles pour le soignant et des risques pour les soignés. Là aussi, la solution est simple : fédérer les efforts avec les collègues de l’hôpital régional. On mutualisera ainsi les moyens pour un service de qualité.

«Le Système fait l’Homme !»

Ce qui pourra nous procurer des soins de qualité dans nos régions lointaines, c’est tout simplement de chercher un compromis entre le bien-être du soignant et le service rendu pour les patients. Sans le premier, le second restera médiocre ou bancal. On pourrait bien évidement débloquer tous les budgets qu’on veut pour les murs et le matériel, rien n’y fera. D’ailleurs, on m’a appris qu’on s’est servi avant de partir puisqu’une partie du matériel nécessaire à l’accouchement compliqué et à la chirurgie se serait volatilisée.

Les jeunes soignants sont fondamentalement d’une bonne nature, soit on en fait de bons citoyens avec une belle morale, alors ils apprennent et font de leur mieux à leur entourage, et là où ils se trouveront, sèmeront du bonheur en permettant des guérisons, soit on en fera des déprimés, feignants, menteurs et incompétents… C’est aux responsables de choisir !

Je ne remercierai jamais assez mon ami le docteur Alain Coulée qui m’avait dit un soir en me voyant me torturer l’esprit, essayant de comprendre le pourquoi des agissements inconséquents et néfastes d’un grand nombre de personnes dans les pays du Sud : «Il n’y a rien à faire Zouhair, le Système fait l’Homme !». Plus le temps passe, plus cette phrase résonne dans ma tête comme une maxime. Mais, le système, c’est qui finalement ? Nous sommes le Système, ceux et celles qui l’ont accepté et adopté. On peut donc y œuvrer pour le changer et l’améliorer. Et souvenez-vous : «en vérité, Dieu ne modifie point l’état d’un peuple tant que les hommes qui le composent n’auront pas modifié ce qui est en eux-mêmes».