Ce qui est enthousiasmant dans les pays européens magistraux, c’est qu’il y a toujours de la place pour les compétents, peu importe leurs origines, couleurs ou appartenance religieuse … Même si le racisme est enraciné en Europe, loin de l’ignorer ou de le nier, il se dissipe si l’étudiant, le stagiaire ou le candidat est doué, attentionné et rempli de critères de productivité pour l’hôpital, l’entreprise, le club sportif, l’établissement administratif ou le théâtre … dans ce cas il rentre dans une autre catégorie d’ « étranger » nécessaire, utile, abrité, chouchouté puis « Naturalisé » … Les excellents marocains ou congolais creusent leurs chemin plus facilement ici par leurs qualités et aptitudes que dans leurs pays respectifs, dans un environnement qui récompense et favorise l’épanouissement de ce qui pourrait être bénéfique et rentable pour le pays. 

Au cours de mon dernier stage au Maroc, j’ai eu quelques discussions coléreuses avec l’un de mes encadrants qui me trouvait paresseux et fainéant, parce que d’après lui je ne remplis pas ma tâche bien comme il le faut et que je n’arrête pas de me révolter. J’ai essayé de lui démontrer que justement, ma tâche était différente de ce qu’il voulait que je fasse et que la conception du travail d’équipe a beaucoup évolué … qu’au lieu d’utiliser la carotte de l’apprentissage de la chirurgie en goutte à goutte et le bâton de l’invalidation du stage de formation, il y a bien d’autres méthodes beaucoup plus raffinées pour motiver les gens à œuvrer. J’ai essayé de lui expliquer que les gens qui sont devant lui ont été les premiers de leurs lycées et qu’actuellement, ils sont à 10, 11, voire 12 ans d’études après le baccalauréat et qu’il est impoli, voir insensé de les mobiliser par l’ordre et l’intimidation pour faire des travaux légers et à répétition … 

En chirurgie, on ne peut pas travailler seul, il faut des concertations avec nos confrères … il faut voir le résultat de l’imagerie et celui de l’anatomopathologie … il faut suivre les suites postopératoires, heure par heure, auprès des infirmiers du jour et de la nuit … il faut profiter du temps durant lequel on s’habille en blanc pour demander des bilans, juguler des complications, revoir les patients en consultation, et discuter avec nos collègues les indications, mais aussi pour économiser de l’énergie parce qu’il y a un autre travail « en uniforme vert » plus fatiguant, plus long, mais plus artistique et passionnant qui nous attend après. 

Ce qui se passe, c’est que les interactions entre les services sont tellement défaillantes, l’organisation est tellement anarchique, et les gens avec qui on travaille sont tellement dégoutés et impatients de terminer pour déguerpir qu’on se retrouve entrain de faire le travail des autres et à courir dans les couloirs longtemps pour résoudre de faux problèmes ou pour attendre et puis ramener un bilan à celui qui le demande parfois sans savoir pourquoi

Dans cet environnement, où tout fonctionne difficilement et où les fonctions de chacun ne sont pas préétablies, il faudra une grande sagesse pour savoir gérer son équipe … les rares réformistes essayent de trouver des manières éthiques et novatrices pour pousser les gens à travailler pour en récolter tous les fruits de l’effort fourni … les faibles d’esprit et les incompétents – la majorité des responsables – trouvent dans la menace, les avertissements et la rigidité une façon pour gérer le troupeau vers le profit personnel ou en vérité vers le chaos. 

Normalement, notre tâche qui est désignée par notre statut de médecin résident est d’accompagner au détail près le patient depuis son admission jusqu’à sa sortie dans sa lutte contre la maladie, assister les chirurgiens au bloc, effectuer des gardes aux urgences en contrepartie d’un apprentissage concret de l’art d’opérer, mais aussi de raisonner. Or, j’ai remarqué au fil des semaines que j’ai passées dans différents services, que je ne recevais rien qui puisse me satisfaire professionnellement en échange du travail, parfois débile, que j’effectuais quotidiennement ; le contrat aussi bien administratif que moral exige des responsabilités et des devoirs de la part du médecin en formation mais aussi de la part du centre hospitalier universitaire où on est formé. 

L’absence de discussion et le souhait de chaque médecin en formation de passer inaperçu pour ne pas se faire passer pour un révolutionnaire qui a osé défier ses chefs , le souhait de chacun d’avoir ce papier pour ouvrir son cabinet ou aller construire son petit monde professionnel dans l’un des coins oubliés du royaume fait que la situation persiste.

Le refus du tout petit système auquel j’ai été embobiné m’a certainement valu des calomnies dans le dos et de subtiles pénalités, une indifférence et des préjugés mais il a renforcé en moi la conviction qu’on peut y construire un système fondé sur la raison et l’éthique coexistant avec le premier mais qui lui est compétitif, qui se répand légèrement, douloureusement, lentement mais sûrement. 

Il faut juste avoir le courage de dire les choses en clair et que nos actes suivent nos paroles. 

La première chose à laquelle j’ai eu accès à l’hôpital bruxellois, est un « bippeur » pour être joignable tant que je suis dans la zone hospitalière, pour appeler tous les médecins et personnel de l’hôpital, prendre des rendez vous et avoir les résultats oralement sans perdre le temps et l’énergie pour se déplacer … comme j’ai dit l’autre fois à l’infirmier-chef du service où je travaille actuellement : « en matière d’efficacité, je t’assure que ce que j’effectue ici en une heure est comparable à ce que j’accomplissais à Rabat en une journée entière » … 

La deuxième chose était d’effectuer une formation en « intranet » pour m’initier à l’informatisation des données et le fonctionnement des logiciels qui organisent les dossiers des malades et l’archivage du service … alors qu’à Rabat, La capitale Marocaine … cette ville qui regorge d’ingénieurs informaticiens – automatiquement embauchés par les plus grandes firmes internationales à Agdal, Hay Riad ou Technopolis – manque au 21ème siècle d’un système informatique qui pourrait simplifier le fonctionnement de ses hôpitaux et nous faire gagner du temps précieux et nous éviter un effort colossal … 

La troisième chose était de s’entretenir avec le comité chirurgical qui comprenait les professeurs agréés de chaque spécialité chirurgicale pour discuter mes perspectives, mes attentes et me faire préciser ma tache exacte … ils m’ont fait comprendre – ce qui a été confirmé par la suite – que personne ne fera mon travail mais je ne ferais pas le travail des autres non plus … on se concentre sur l’essentiel, les perspectives, les attentes et chacun évolue selon ses ambitions et son potentiel … 

Trois choses auxquelles j’ai procédé le premier jour, avant même d’entamer le boulot, pour que les choses soient claires dès de le début. Ajoutant à ceci le respect du supérieur et l’efficacité des subordonnés et pleins d’autres détails qui font toute la différence entre « eux » et « nous ». Le Travail est le secret de leur réussite et la cause de notre échec. « Comment travailler » est le garant de leur supériorité et la raison de notre médiocrité. 

c’est pour cela, qu’on peut creuser facilement son chemin dans des pays qui ont su comment profiter de la volonté et l’énergie de chacun sans perdition … ces pays savent très bien qu’ils n’ont pas des sources d’énergie, que leurs populations sont menacées par le vieillissement, qu’il y a une compétition ardue que ça soit au sein de l’union européenne, avec les états unis, la Russie et la Chine ou avec des pays émergents comme le Brésil, L’Afrique du Sud ou l’Inde … ils n’ont pas le choix, il faut qu’il rajeunisse le pays, accueillir les compétences et naturaliser les meilleurs pour ne pas perdre beaucoup de temps, de l’énergie et de l’argent.

Le racisme existe mais comme on ne peut pas refuser des gros calibres comme Hakimi ou Ziyech s’il veut jouer dans notre équipe … on ne peut toujours pas fermer la porte au nez d’un médecin noir ou un ingénieur Arabe brillant. 

Les pays qui se respectent gâtent et récompensent généreusement ces compétences pour qu’ils restent … ils évoluent … ils vivent dignement et créent des produits que leurs pays d’origine achètent mille fois plus cher que ce qu’ils auraient dépensé pour les former convenablement. On ne doit pas les condamner de servir les autres mais condamner les gardiens de la précarité dans leurs pays qui les ont poussés à chercher l’émancipation ailleurs. 

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