Nombreux sont les chercheurs qui tentent aujourd’hui de comprendre les liens entre l’altération du microbiote (dysbiose) et certaines pathologies. Autisme, schizophrénie, anxiété, dépression ou troubles bipolaires, la tentation est grande de tout miser sur le microbiote. En effet, en partant du constat que des symptômes gastro-intestinaux sont fréquemment rencontrés chez les personnes avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), les chercheurs se sont penchés plus en avant sur la relation entre l’individu et sa flore intestinale , un facteur qui gagne à être exploré dans l’explication de cette maladie.

Aujourd’hui les recherches n’en sont qu’à leur début ; le microbiote peut être un suspect et un allié dans le TSA mais il n’est pas le seul. Des facteurs génétiques et environnementaux sont également suspectés d’en être à l’origine. En outre , des travaux révèlent que certains des micro-organismes qui composent la flore intestinale sont sensibles aux mutations des gènes de la famille SHANK impliqués dans l’autisme.

Y’a t-il une connexion entre les gènes de l’autisme et la flore intestinale ? Cette flore perturbée peut-elle aggraver la sévérité du TSA ?

Pour soutenir cette idée, nous nous appuierons sur les travaux d’une nouvelle étude publiée en Octobre 2018 et élaborée par Laure Tabouy, Docteur en neurosciences, chercheur contractuel à l’ Université Paris Sud – Université Paris-Saclay.

En effet, l’équipe commence tout d’abord par analyser le profil du microbiote intestinal chez les souris portant la mutation SHANK 3 (un gène impliqué dans le développement et le fonctionnement des circuits de neurones ) et le compare à celui de souris « normales » dites de contrôles.

Les chercheurs ont découvert que les souris mutantes avaient une composition et une diversité bactériennes différentes que celles de l’échantillon contrôle. Certains phylum, genres et espèces de bactéries sont sur ou sous exprimés. Néanmoins, le taux particulièrement faible de l’espèce Lactobacillus reuteri (L. reuteri) chez les souris mutantes attira leur curiosité.

Pourquoi ?

Des études récentes montrent que L. reuteri produit et sécrète du GABA (ou une molécule très similaire), utile dans la communication nerveuse. Celui-ci agit directement au niveau du cerveau en se fixant sur les récepteurs des neurones.

Rappelons que les souris portant la mutation SHANK3 reproduisent deux des traits les plus prédominants de l’autisme : un comportement répétitif compulsif et un évitement des interactions sociales. Chez ces souris, le nombre de récepteurs de plusieurs molécules, dont le GABA, diffère par rapport à ceux des souris normales. Aussi, est-il important à noter que ces variations sont corrélées avec l’abondance et l’expression des bactéries L. reuteri au niveau de l’intestin. L’analyse, enfin, de six cytokines dans le plasma de nos souris mutées et contrôles nous a permis de constater que les expressions de ces dernières ne sont plus régulées chez les souris mutées et qu’il y avait une corrélation significative entre celles-ci et les bactéries L. reuteri.

Toutes ces observations ont permis d’objectiver les différences cérébrales et immunitaires entre les souris mutantes et celles de contrôles. Une variance qui met en jeu principalement la composition en bactéries L. reuteri dans l’intestin; d’où l’idée de pousser encore plus loin les investigations.

Vendu en tant que probiotique, L. reuteri a été décrite comme jouant un rôle dans le comportement social et le stress. Les chercheurs décidèrent alors de nourrir les souris de cette bactérie. Deux groupes de souris mutées ont été ainsi mis en place : un premier de contrôle,n’ayant pas reçu la bactérie, et un deuxième l’ayant reçu . Après ce régime à base de L. reuteri , des tests de comportements sociaux ont été effectués mettant en évidence une atténuation des déficits sociaux et des comportements répétitifs ainsi qu’une disparité de réponse selon le sexe. En effet, L. reuteri stimule l’intérêt des souris mâles – mais pas celui des femelles, auprès des autres rongeurs. Des analyses moléculaires ont montré par la suite que le gavage avec L. reuteri a eu un effet direct sur les différentes régions cérébrales et la composition en cytokines dans le plasma des souris.

Ces résultats laissent supposer que le microbiote intestinal pourrait avoir joué un rôle durant le développement du cerveau. Exprimé dans les neurones de l’intestin , le gène SHANK3 pourrait être impliqué dans l’altération et la modification du microbiote. Ce qui expliquerait les différences entre la flore intestinale des personnes autistes par mutation du SHANK3 et celle des individus non affectées. Par ailleurs, cette étude ouvre également  une nouvelle piste à explorer dans le traitement de l’autisme : celle des probiotiques. Reste à savoir son effet sur l’humain !

Le dialogue entre le génome des personnes autistes et leur microbiote est de plus en plus audible. Reste maintenant à le comprendre. Cependant, l’enthousiasme bien compréhensible des scientifiques ne doit pas susciter de faux espoirs chez les malades car l’ensemble des études réalisées jusqu’à présent se sont limitées aux animaux.